Corsica féérie

La mer l'avait pris comme un taxi. Un taxi Renault. Il en est de même pour le quidam allant rejoindre la Corse. Tel le yellow cab New-Yorkais, le Corsica Ferries est iconique : Symbole de la grande traversée et du naufrage de la SNCM. C'est l'heure des vacances et pour 90 balles le Mega Victoria nous propulse sauce low cost à travers la tempête Adam.

Il est 6h30 et on fonce, doucement il y a des virages, direction la Corse profonde. Pas de panneau, pas de réseau mais des indices : "FRANÇAIS CASSEZ VOUS", "INDIPENDENZA". On est sur la bonne route.

Il est 8h00 au col de Bavella et on est à une barrière fermée du bonheur. La route, ravagée par les pluies diluviennes des dernières 48h devrait restée close au moins quelques jours. Jamais deux sans trois ?


J'entretiens une relation toxique avec la Corse. Mes deux premières visites se sont soldées par des échecs cuisant au bain marie. Si elle est île de botté, c'est aussi parce qu'on s'y mouille les pieds. Alors "jamais deux sans trois" ou "la troisième sera la bonne" ? D'un naturel pragmatiste ( 70% pragmatique, 30% optimiste) c'est avec un planning contraint qu'on a débarqué avec Seb pour découvrir ce qui fait la réputation de l'île: L'hospitalité Corse.


Je déconne bien sûr, Monsieur le préfet m'en soit témoin. Granit de rêve, cochons sur les routes et coups de fusil dans les panneaux, le bonheur est dans le maquis. Comme le granit de l'été est déjà loin, on prévoyait d'abord une acclimatation et des voies classiques du côté de Bavella, pour ensuite allez voir des projets plus aventureux du côté de Portu.

Plan B donc. B comme Bordel ça se passe jamais comme prévu ici, et c'est pas fini. Comme un manga, l'histoire commencera donc par la fin. A Portu, la météo compliquée nous oblige à la jouer fine. "La fine équipe" est une mise en route corsée mais ne faisons pas les fines bouches. La face est majeur et les longueurs sont excellentes.


Les courbatures accompagnent la demi journée suivante que nous passons à écouter battre le coeur de l'océan dans "Ambata di Melu", une voie détente terminée juste avant la pluie. Enfin, deux jours nous occupent pour prendre un but dans "Signora Maya", la voie était trempée.  


Le séjour commence moyennement, si la troisième doit être là bonne il faut essayer de minimiser les risques. Que faire ? Persister dans les projets incertains ou rejoindre la facilité ? Des échos de Bavella nous proviennent, la route s'ouvre et le temps sec est annoncé. Les projets resterons projets, cap à l'Est.

Les aiguilles de Bavella, je connais sans connaître. J'ai l'impression d'y avoir passé beaucoup de temps sans jamais n'avoir rien fait, ou presque. Point positif, ça laisse toute liberté pour découvrir les classiques: Jeef, Les fils de la Puta Rossa, Crack'age, Hydratis occuperont nos quelques journées bavélliennes. Nous permettant de côtoyer taffoni délirants, fissures quasi parfaites, dalles trop lisses et faune locale.


Je ne parle pas des sangliers évidemment mais du spécialiste du prélèvement, a.k.a le technicien cynégétique, attendant fusil a l'épaule assis au cul du 4x4 que ses clébards fassent tout le boulot. Il est ici chez lui, il te tolère malgré lui et il te le fait comprendre. Le contact commence généralement avec un regard mauvais. Le "bonjour", naïvement proposé pour le faire chier enjoliver la rencontre, arrache à contre-coeur une réponse laconique et peu perceptible. Fin de l'échange. En Savoie, il se dit qu'un bon touriste est un touriste qui est déjà reparti. En Corse, c'est un touriste qui n'est jamais venu.


Il était moins une pour sauver ce séjour à temps compté. Avec seulement une demi-douzaine de voies, on passe à deux doigts du jamais deux sans trois. Il aura fallu se plier en quatre pour que la troisième soit presque la bonne. Et c'est tant mieux. La Corse est le genre d'endroit où on repart avec plus de lignes sur la liste des choses à faire qu'à son arrivée, alors autant ne pas être tout à fait satisfait, ça fait une raison de plus pour revenir.