Cochamó, santuario natural.

Le bruit des gouttes sur la toile de tente aspire à l'écriture, qu'il est bon de ne rien faire, parfois. L'homme est comme le matelas: Crevé. Plus tard on se lèvera pour s'éterniser au petit déjeuner dans la cabane commune du camping de "La Junta", discuter des derniers jours de grimpe ou des prochains, lire, cuisiner, jouer ou feuilleter une nouvelle fois le recueil de topo dessiné par les différents ouvreurs... La Junta, "ensemble", ne porte jamais aussi bien son nom que lors des jours de pluie. Tout le monde ou presque redescend alors des bivouacs pour retrouver un peu de confort relatif. Pas d'électricité ni d'eau chaude mais des toilettes sèches et des douches solaires, comprenez à l'eau froide. C'est sommaire mais c'est l'essentiel, La Junta offre une expérience minimaliste. Tout ce qui se trouve ici est arrivé à dos d'homme ou de chevaux et en repart de la sorte. 11km et 500m de dénivelé. Pas de quoi effrayer un habitué de la randonnée, le problème c'est le sac. Les chevaux ont une limite de chargement: sacs pesés à 30kg maximum, 2 sacs par cheval. Pour les humains pas de limite, on pèse à l'arrivée, surtout pour rigoler: 35kg estimés par les syndicats, 48kg pesés par les autorités. 

Parce qu'il faut tout monter pour 2 mois, matériel et nourriture. C'est pas une expédition mais ça commence à y ressembler. Évidemment on a dû faire à peu près toutes les erreurs que des novices en logistique peuvent faire, une semaine après nous étions donc de retour en ville pour "ajuster", cette fois-ci avec cheval, on apprend !


Cochamo se trouve au Chili. Pas vraiment au milieu, plutôt au Nord du milieu de ce pays qui s'étire jusqu'au bout du monde et donc suffisamment loin de la Patagonie pour ne pas être inquiété par sa météo calamiteuse. Il n'empêche, les fenêtres de beau temps rythment le flux des grimpeurs de la vallée. Un simple tableau à la craie est mis à jour "quotidiennement" pour informer des prévisions, la suite se fait par le bouche à oreille. La vie se déroule ainsi : à chaque fenêtre météo, on charge le matériel de bivouac, la nourriture et les affaires de grimpe sur le dos et on monte se rapprocher des parois. Quand on est fatigué, quand on n'a plus de nourriture ou quand le mauvais temps arrive on redescend à La Junta, telle une marée de grimpeurs qui avance et se retire.


Les sommets dominants la vallée sont bien gardés, on marche au coeur d'une forêt dense. Les Alerce, ces arbres gigantesques pour certains millénaires jalonnent les approches qui se font sous des chants d'oiseaux excentriques. Les arbres tombés servent à traverser les torrents, les racines à se hisser dans les parties les plus raides. L'approche à Cochamó, l'appr'ochamó, fait partie du séjour. C'est comme un prix à payer pour mériter des escalades d'exceptions.


On grimpe sur des parois impressionnantes pouvant faire plus de 1000m de haut , les voies de 2 à 30 longueurs parcours un granit à 90% parfait et 10% excellent. Fissures, dalles lisses ou à réglettes, dièdres en opposition, adhérences... Tout le panel de l'escalade en granit s'offre à nous alors que les Condores planent au dessus de nos têtes, et que les Colibris, ces petits curieux, viennent rompre la solitude du relais. J'ai parcouru à Cochamó parmi les plus belles longueurs de granite que je n'ai jamais grimpé. D'immenses écailles d'une finesse déconcertante, des dièdres parfaitement lisses, des fissures continues, parfaites sur plus de 60 mètres. Il faudra me croire sur parole, l'essentiel de mes photos du séjour étant prisonnières dans un téléphone ayant cessé de fonctionner sans raison le dernier jour du voyage. Je vous partage donc ici quelques photos de Sebastian avec qui j'ai beaucoup grimpé et Jacob que nous avons eu le plaisir de retrouver sur place. 

Les amis, il se dit qu'on en croise forcément a Cochamó. J'en doutais, c'est finalement vrai. Sans compter ceux qu'on se fait là bas, "La Junta" rassemble. En cet été australe il y a de l'effervescence dans la vallée. Du monde dans les classiques, des ouvertures, des vieilles voies d'artif nettoyées et libérées, tout le monde trouve son terrain d'expression. Cette saison a dû voir pas moins de 7 ou 8 nouvelles voies ouvertes ou libérées par les locaux ou par des étrangers. Une communauté cosmopolite, en visite plus ou moins longue, exclusivement pour Cochamó, en étape avant ou après El Chalten, avant ou après Frey. Des liens se créent, des amitiés se font, des gens se retrouvent d'une année sur l'autre, d'un lieu à l'autre. Ainsi les  rencontres deviennent des connaissances, les connaissances des amis.


Deux mois d'une vie simple, coupés de la société, en marge de la folie ordinaire. Pour combien de temps ? Déjà le camping voisin de La Junta (ils sont 4 à se partager la capacité d'accueillir) propose le wifi via Starlink moyennant 5000 pesos Chillen (≈5€) pour une durée de 15min à 1 journée en fonction de l'humeur de la patronne. Paradoxe technologique, ça ne fonctionne pas les jours de pluie car l'énergie est solaire. Ouf, un peu de répit encore. Mais on en profite déjà, le but du jeu est simple: récupérer des prévisions météo à long terme par quelqu'un d'autre pour ne pas voir son téléphone charger mails, messages, infos médiatiques déprimantes... Pourquoi rompre cet isolement bienvenu ? 



Les choses s'organisent à Cochamó, les gens se mobilisent pour la préservation de ce sanctuaire naturel: Une ONG "Puelo Patagonia", vient d'acquérir cet hiver à peu près un tiers de la vallée dans le but d'en faire une zone protégée. Coût de l'opération, 63 millions de dollars U.S. Des terres rachetées à un privé, qui avait pour projet le développement touristique et économique. Les deux tiers restants sont privés ou propriété de l'état et donc à la merci de décisions aléatoires. Les récits de John Muir me font écho. Cochamó était-il son Yosemite à lui ? Celui d'avant le tourisme de masse et des aménagements, celui de la sobriété ?


A l'entrée de la vallée, un groupe de volontaires accueille tous les visiteurs. Il faut montrer une réservation valable dans l'un des camping, une manière de contenir le flux des visiteurs. On écoute les bonnes conduites à tenir : pas de feu, bivouacs autorisés mais tente proscrite en dehors des campings, rester sur les sentiers balisés, comment gérer son pipi et son caca etc. C'est en nous éduquant que la nature a le plus de chance de garder son équilibre, son authenticité et finalement son intérêt. En nous limitant également, Cochamó peut-il rester un endroit authentique et touristique ? Peut-être faudrait-il ne pas en parler. Oups.


Quel chance nous avons de pouvoir séjourner dans un lieu aussi préservé, aussi majestueux. Il y a la préoccupation, il y a les actions. Espérons que le chemin que suivra le développement de la vallée de Cochamó sera raisonné et responsable.

  • 06/01 Gendarme, 6c, 155m, 5L
  • 07/01 E.Z Do it, 6b+, 450m, 10L *
  • 09/01 No Hay Hoyes, 6c, 350m, 6L ***
  • 10/01 Luderbuam, 6c, 350m, 7L *
  • 11/01 Homosanta, 6c, 400m, 10L **
  • 16/01 Sweet and bitter fruit, 6b, 150m, 4L
  • 17/01 Excelente mi Teniente, 6c, 500m, 14L *
  • 18/01 Al Centro y Adentro, 6c+, 415m, 12L ****
  • 20/01 Todo Cambia, 6c, 150m, 5L ****
  • 21/01 Through the looking glass, 6c, 150m, 5L *
  • 22/01 Cada Granito Cuenta, 6c+, 300m, 9L **
  • 23/01 Surfing for Stone + Path of the Righteousness, 6c, 7L ****
  • 25/01 La Pluma Del Condor, 7a+, 200m, 7L **
  • 26/01 Velho Alerce, 7b+, 200m 5/8L ***
  • 29/01 La Manos del Dia, 7a, 500m, 12L ****
  • 31/01 Der Grambler, 6b, 150m, 5L **
  • 01/02 Pecadito en la parete, 7A+/A0, 200m, 7L ****
  • 05-06/01 Positive Affect, 7b, 950m, 19p ****
  • 08/02 Lucandos con Mariposas, 6b+, 250m, 9L
  • 13/02 Onomatopeya, 6b, 150m, 4L
  • 16/02 Hilo de Plata, 6c+, 530m, 12L ***
  • 17/02 Tio Tiedro, 7A+, 350m 3/8L 
  • 19/02 Iron Skirt, 7a+, 200m, 6L ***
  • 20/02 Dona devora Dedos, 7b, 420m, 9l ****
  • 21/02 Al Lado Del Corazon, 7a, 250m, 7/10L
  • 25/02 Garden of the Galaxy, 6c+, 850m, 25L **